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Nouvelles

Toxiques, les cosmétiques ?
8 février 2010
Shampoings, savons, cosmétiques, parfums… Ces produits d’hygiène et de beauté sont associés au bien-être. Pourtant, la plupart contiennent des substances pouvant être nocives pour notre santé.

Par Séverine Galus, du Service d’agence de presse d’Option consommateurs

On ne pense pas que les cosmétiques et les produits de soins personnels, comme la crème hydratante, le maquillage, le shampoing, etc., pourraient être nocifs pour notre santé. Pourtant, des études ont démontré que certains composés chimiques utilisés dans leur fabrication ont des effets cancérigènes, alors que d’autres sont de potentiels perturbateurs endocriniens. « Une seule utilisation d’un produit contenant des substances toxiques ne pose pas de risque à la santé, peut-on lire dans La face cachée des produits de beauté, rédigée par Madeleine Bird, chercheure et coordonnatrice du projet de sensibilisation à la santé et à l'environnement de l'Université McGill. Le problème pourrait venir d’une exposition à faible dose sur le long terme. Si on utilise quotidiennement un produit ou une combinaison de produits pendant de nombreuses années, certaines substances toxiques peuvent s’accumuler dans le corps au fil des ans. »

Existe-t-il une réglementation ?
En vertu du Règlement sur les cosmétiques de la Loi sur les aliments et drogues, tous les ingrédients d'un cosmétique vendu au Canada doivent être indiqués sur l'étiquette extérieure du produit afin que les consommateurs, particulièrement les personnes sensibles ou allergiques, puissent faire des choix éclairés et réduire les risques pour leur santé. Cette réglementation s’applique à la plupart des produits de cette catégorie, y compris les rouges à lèvres, les shampoings, les produits de maquillage, les colorants pour cheveux et les produits parfumés. Santé Canada publie également une Liste critique des ingrédients interdits ou sujets à certaines restrictions dans les cosmétiques. Mais cette liste ne fait pas office de réglementation. De plus, de nombreux ingrédients interdits dans les cosmétiques en Europe, comme le phtalate de dibutyle, reconnu pour être un perturbateur endocrinien, ne se trouvent pas sur cette liste. « Santé Canada examine la documentation scientifique et, si de nouvelles données scientifiques soulèvent des préoccupations par rapport à certains phtalates, il prendra les mesures qui s’imposent », rapporte Christelle Legault, porte-parole de Santé Canada. Du côté de l’industrie, Mickael Patton, porte-parole de l’Association canadienne des cosmétiques, produits de toilette et parfums (CCTFA), affirme que les fabricants canadiens se plient aux règles édictées par Santé Canada. Il apporte cependant une précision : « Les produits fabriqués au Canada ne sont pas réservés exclusivement au marché canadien, mais sont aussi destinés à l’exportation, notamment aux États-Unis et en Europe. La réglementation sur les cosmétiques est plus souple aux États-unis qu’au Canada, mais elle est plus rigide en Europe. Les fabricants canadiens suivent donc la réglementation européenne afin de pouvoir exporter leurs produits. » Santé Canada effectue actuellement plusieurs études sur les phtalates, dont l’une sur la teneur en phtalates de divers produits cosmétiques vendus au pays et sur l’exposition possible à ces substances. Les résultats devraient être dévoilés au cours de l’année 2010. Notons que les phtalates sont utilisés comme fixateurs pour prolonger l’effet des parfums. Or, les fabricants ne sont pas tenus d’indiquer la composition des parfums contenus dans les produits, afin de préserver le secret industriel. Les phtalates ne sont donc pas inscrits dans la liste des ingrédients, mais ils se cachent généralement sous les mots « parfum » ou « fragrance ».

Le pouvoir des consommateurs
Les parabènes, utilisés comme agents de conservation dans de nombreux produits cosmétiques, sont également absents de la Liste critique de Santé Canada, bien que leur utilisation soit largement controversée. En effet, des études sur des animaux ont permis d’observer que les parabènes ont un effet légèrement semblable à celui de l’oestrogène, induisant une possible action sur la fertilité et les tumeurs œstrogéno-dépendantes (tels le cancer du sein). En 2004, une recherche britannique a permis de détecter la présence de parabènes dans des tumeurs cancéreuses du sein. « Cette étude a été jugée non valide, précise Christelle Legault, de Santé Canada. Il a été déterminé que tous les échantillons, négatifs et positifs, étaient contaminés par des parabènes. Leur rôle dans le développement du cancer du sein n’est donc pas établi. » Mme Legault ajoute que le groupe d’experts de la Cosmetic Ingredient Review (CIR) des États-Unis a réévalué l’innocuité des parabènes après la parution de l’étude britannique en 2004. « Dans son rapport final, la CIR a conclu que les parabènes étaient sans danger aux concentrations présentes dans les cosmétiques. » Reste que l’étude britannique, largement médiatisée, a fait son effet auprès des consommateurs qui ont commencé à s’intéresser à la liste des ingrédients sur les emballages des cosmétiques. L’industrie n’a pas tardé à réagir et les produits « sans parabènes » se sont multipliés sur les tablettes. « Nous avons un réel pouvoir en tant que consommateurs, accorde Janice Mélanson, directrice administrative d’Action cancer du sein. C’est à nous d’exiger des produits plus sains pour notre santé, et l’industrie suit. D’ailleurs, on peut constater que le choix de produits biologiques et naturels est en constante augmentation. »

Un outil épatant
La liste des ingrédients suspects dans les cosmétiques va malheureusement bien au-delà des phtalates et des parabènes. Et même si les fabricants doivent fournir sur l’emballage la liste des ingrédients, les termes employés ne veulent pas dire grand-chose pour les consommateurs. Afin de sensibiliser la population et de l’aider à choisir des produits plus sûrs, l’Environmental Working Group aux États-Unis a établi une base de données sur les cosmétiques appelée Skin Deep (www.cosmeticsdatabase.com). On y trouve des renseignements sur plus de 25 000 produits de beauté vendus dans ce pays ainsi qu’au Canada. Il suffit de taper la marque de son shampoing ou de sa crème hydratante pour connaître le risque – évalué de 0 à 10 – du produit pour la santé. Cette base permet également de se renseigner sur les ingrédients présents dans les cosmétiques afin de faire des choix éclairés. Une chose est certaine : moins la liste des ingrédients est longue, mieux c’est !
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