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Prothèses mammaires : Les femmes sont-elles des cobayes ?
Montréal, 8 mai 2002 – Au cours de notre reportage, nous avons découvert que, même si les prothèses remplies de gel de silicone sont encore interdites au Canada, elles effectuent actuellement un retour en douce. Ainsi, entre décembre 1999 et janvier 2002, Santé Canada a autorisé l'implantation de telles prothèses chez 1350 femmes. Comme cela est-il possible ? Par le biais du Programme d'accès spécial (PAS) de Santé Canada, mis sur pied afin que des patients souffrant de maladies "graves ou mortelles " aient accès à des médicaments ou à des instruments médicaux non autorisés au pays, notamment lorsque les thérapies conventionnelles ne conviennent pas. Or, l'augmentation mammaire ne répond à aucune nécessité médicale, et les femmes n'ont pas recours à cette chirurgie pour soigner une maladie "grave ou mortelle". On peut se demander si, dans les faits, on n'a pas permis aux chirurgiens plasticiens de contourner le moratoire grâce à une clause prévue pour des patients gravement malades.

Lors de notre test terrain destiné à vérifier la qualité de l'information donnée par les chirurgiens plasticiens, un chirurgien plasticien a offert d'emblée à notre enquêteuse des prothèses remplies de gel de silicone, et ce, sans même l'avoir examinée. Ce fut là notre plus grande surprise. Comment pouvait-il savoir que des implants remplis de solution saline ne conviendraient pas ? En outre, il n'a pas dit à l'enquêteuse que la vente de ces implants n'était pas autorisée au pays et il ne lui a pas dit qu'il ne pourrait les installer qu'après avoir obtenu la permission de Santé Canada en vertu du Programme accès spécial. Pourtant, dans un sommaire de ce programme, Santé Canada encourage fortement les médecins qui y ont recours à "obtenir un consentement éclairé " du patient avant l'intervention.

Où sont rendues les prothèses vendues avant le moratoire ?

Durant notre recherche, nous nous sommes aussi rendu compte que le ministère n'était pas parvenu à s'assurer que les prothèses vendues avant 1992 avaient bel et bien été retirées du marché. À l'époque, Santé Canada avait demandé aux fabricants de le faire et avait averti les associations de chirurgiens plasticiens de la chose. Cependant, le ministère ignore quel pourcentage de ces implants a été récupéré. Cela est fort inquiétant. Où sont rendues les prothèses qui avaient été distribuées à l'époque ? Les femmes se feraient-elles implanter des prothèses vieilles de dix ans ? Voilà des questions que nous sommes justifiés de nous poser…

Les prothèses implantées ont-elles été approuvées ?

Nous avons aussi appris que, actuellement, les fabricants cherchent à introduire sur le marché une version "améliorée" des implants remplis de gel de silicone. Le 30 novembre 2001, Mentor Corporation a annoncé la mise au point de nouvelles prothèses remplies de gel cohésif, c'est-à-dire de gel de silicone présentant une texture similaire au tapioca. En cas de rupture de la prothèse, ce gel devrait, en principe, rester dans l'enveloppe. Ces prothèses font actuellement l'objet d'études cliniques notamment aux États-Unis. De source sûre, des chirurgiens québécois les implanteraient, même si elles ne sont pas approuvées par Santé Canada. Reste à espérer qu'ils avisent les patientes de la chose…

Des résultats qui se font attendre

Par ailleurs, nous avons constaté le peu d'empressement dont fait preuve Santé Canada pour mener à terme certaines recherches qu'il s'était engagé à faire après le moratoire. Ainsi, une étude épidémiologique sur les prothèses mammaires au Québec et en Ontario est en cours depuis 1996. Les résultats de cette étude (portant sur les risques de cancer, en particulier celui du sein) devaient être publiés à la fin de l'an 2000. Or, ces résultats ne sont toujours pas disponibles. Autre fait troublant : la phase 2 de cette étude (portant notamment sur les risques d'affection du tissu conjonctif et sur d'autres problèmes de santé aigus et chroniques associés aux implants mammaires) devaient normalement débuter en 1997. Cependant, les crédits que cette phase exige n'ont toujours pas été votés. Peut-on espérer connaître un jour les résultats de cette étude ?

Au sujet des risques

Les prothèses mammaires, qu'elles soient remplies de silicone ou de solution saline, comportent des risques. Certains d'entre eux sont écrits noir sur blanc dans les brochures de la FDA, de Santé Canada et des fabricants (Mentor et McGhan). On peut y lire que, comme toute intervention chirurgicale, l'augmentation mammaire est associée à des complications à court terme : infection, œdème, inflammation, problème de cicatrisation, hématome, nécrose cutanée, changement de la sensibilité du mamelon, etc.

À cela s'ajoute une série de complications à moyen et à long termes. Parmi celles-ci, il y a la contraction capsulaire ou le durcissement des seins, la calcification de la capsule (qui complique les choses au moment d'interpréter les mammographies), le dégonflement ou la rupture de l'implant, etc. Bref, une femme qui porte des implants doit s'attendre à repasser sous le bistouri. En outre, les implants ont une durée de vie limitée. Éventuellement, il faudra les retirer et les remplacer. La femme qui n'opte pas pour cette dernière solution ne retrouvera pas sa poitrine d'antan, l'augmentation mammaire étant une opération irréversible. Tout cela, les femmes doivent le savoir.

Comme si cela n'était pas suffisant, les prothèses remplies de gel de silicone comportent un défaut majeur. Elles laissent s'échapper de la silicone, soit parce qu'elles suintent, soit parce qu'elles finissent par déchirer. Et la silicone peut se répandre dans l'organisme, ce qui la rend impossible à enlever. Des chercheurs ont trouvé de la silicone dans le foie, les reins et le cerveau des porteuses.

Qu'arrive-t-il alors ? On soupçonne la silicone de causer chez les femmes des maladies auto-immunes, comme le lupus, la sclérodermie et la polyarthrite rhumatoïde, des troubles du tissu conjonctif et des affections neurologiques comme la sclérose en plaques. Une enquête menée par la FDA établit, pour sa part, une corrélation entre la migration du gel de silicone dans l'organisme et la fibromyalgie. Il est difficile de prouver tout cela parce que de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Reste que les prothèses n'ont jamais fait la preuve de leur innocuité à long terme. Cela aussi les femmes doivent le savoir.

Les chirurgiens plasticiens renseignent-ils adéquatement leurs clientes?

Comme vous pourrez le constater à la lecture du texte publié dans Consommation, afin de vérifier la qualité de l'information donnée par les chirurgiens esthétiques, quatre enquêteuses du magazine ont, en équipe de deux, consulté cinq médecins exerçant tous à Montréal. Grâce à elles, nous avons découvert que l'information donnée aux patientes était de qualité variable. À titre d'exemple, voici quelques perles que nous avons récoltées.

- En ce qui à trait à la réversibilité de l'opération, un chirurgien plasticien a affirmé ce qui suit : "Si on devait enlever les prothèses, vos seins devraient redevenir comme ils étaient ". Il y a peu de chances pour que cela se produise.

- Le médecin offrant des implants remplis de gel de silicone a minimisé le risque de dégonflement. "En cas de rupture, un implant rempli de gel de silicone a pour avantage de ne pas se vider tout d'un coup, et ce n'est pas dangereux parce que le gel reste emprisonné dans la capsule ". Cela est loin d'être certain.

- Tous les médecins ont affirmé que les femmes porteuses pourraient allaiter sans problème. Or, selon un document de la FDA, 64 % des femmes portant des implants sont incapables d'allaiter, comparativement à 7 % de celles qui n'en portent pas.

Les réponses que nous avons obtenues en rencontrant les chirurgiens nous portent à croire que les chirurgiens plasticiens minimisent les risques. Or, l'augmentation mammaire est une chirurgie élective, c'est-à-dire qui ne répond à aucune nécessité médicale. Par conséquent, les chirurgiens plasticiens doivent dévoiler à leurs patientes toutes les complications, même les plus rares, et s'assurer que les femmes ont bien compris. Tout cela amène Option consommateurs à faire des recommandations. Je laisse à Nathalie Michaud le soin de vous en parler.

NOS RECOMMANDATIONS

- OPTION CONSOMMATEURS demande à Santé Canada de mettre fin aux pirouettes administratives qui permettent aux chirurgiens esthétiques de contourner le moratoire.

- OPTION CONSOMMATEURS demande au Collège des médecins de prendre les mesures qui s'imposent afin de ramener à l'ordre les chirurgiens qui utilisent des implants dont la distribution et la vente sont interdites au Canada.

- OPTION CONSOMMATEURS demande à l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec de rappeler à ses membres que, actuellement, au Canada, il est interdit d'implanter des prothèses mammaires remplis de gel de silicone (à moins d'un cas très particulier).

- OPTION CONSOMMATEURS demande aux chirurgiens esthétiques de respecter le moratoire et d'informer correctement leurs patientes des risques inhérents à l'implantation de prothèses mammaires. Bien que ces risques soient clairement expliqués dans les brochures des fabricants, il est du devoir des chirurgiens de s'assurer qu'ils ont été bien compris par les patientes.

- OPTION CONSOMMATEURS recommande à Santé Canada de maintenir le moratoire tant que les recherches sur les prothèses mammaires remplies de gel de silicone ne seront pas concluantes quant à leur innocuité à long terme.

- OPTION CONSOMMATEURS demande à Santé Canada de poursuivre les recherches promises afin que l'on finisse par avoir l'heure juste sur la nocivité ou l'innocuité des prothèses mammaires remplies de gel de silicone.

- OPTION CONSOMMATEURS demande à Santé Canada de veiller à ce qu'aucune nouvelle prothèse mammaire remplie de gel de silicone ne puisse être mise sur le marché sans que son innocuité n'ait été démontrée.

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Source :

Nathalie Michaud, directrice intérimaire
Claire Harvey, journaliste
Option consommateurs
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