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Opérations des yeux au laser : Un appel à la vigilance
Montréal, 10 avril 2001 – Introduction

Les ophtalmologistes qui pratiquent les opérations des yeux au laser donnent-ils toutes les informations nécessaires à leur clientèle? À l'automne 1999, le magazine Consommation avait voulu le vérifier par une enquête téléphonique dans cinq cliniques où on offrait cette chirurgie. Un peu partout, notre enquêteuse s'était alors fait répondre qu'au pire, dans environ 5 à 10% des cas, on pouvait avoir besoin d'une retouche. Pourtant, dans le même reportage, Consommation racontait les histoires bouleversantes de trois personnes dont la vue avait été irrémédiablement gâchée suite à leur opération.

Méthodologie

La situation s'est-elle améliorée? Cette fois, trois enquêteuses du magazine Consommation se sont partagé la visite de 10 cliniques de Montréal et de Laval où on fait des opérations des yeux au laser. Deux d'entre elles étaient des myopes modérées (entre -6 et -10 dioptries). La troisième était légèrement hypermétrope et astigmate. Les rencontres se sont échelonnées entre le 20 décembre 2000 et le 14 février 2001. Il semble qu'encore aujourd'hui, beaucoup d'ophtalmologistes ne donnent pas toutes les informations nécessaires à leurs clients. C'est ce qui ressort du dossier sur les opérations des yeux au laser publié dans le numéro du printemps 2001 du magazine Consommation.

Les résultats

Dans chaque clinique, nos enquêteuses ont demandé à rencontrer un ophtalmologiste afin de lui poser des questions sur les avantages et inconvénients de l'opération. Partout, elles ont rencontré un médecin, sauf chez Lasik Vision et Laservue. Pourtant, selon le Collège des médecins du Québec, ce sont les ophtalmologistes qui doivent faire les examens préalables et expliquer tous les risques liés à la chirurgie. Dans les cliniques, nos enquêteuses ont posé plusieurs questions sur les risques liés à l'opération. Plusieurs médecins ont minimisé les complications possibles. Pourtant, pour faire un choix éclairé, les gens qui sont attirés par l'intervention doivent pouvoir obtenir des réponses justes et complètes.

Les risques

Ainsi, à la question : "Y a-t-il des risques?", on aurait dû répondre oui; même si la majorité des gens se disent satisfait, il y a plusieurs complications possibles. Certaines sont mineures et peuvent parfois être corrigées grâce à une retouche, d'autres sont majeures et peuvent parfois endommager la vue de façon irréversible. Au pire, on peut même devenir aveugle.

Pourtant, à la clinique laser Ultravision, on a répondu : "le pire qui puisse arriver est que vous ayez besoin d'une retouche". Chez Laservue, on a affirmé à notre enquêteuse qu'on ne pouvait pas devenir aveugle. Chez Ophtalmolaser et à la Clinique de l'œil de Montréal, on nous a dit qu'il y avait des complications possibles, mais qu'en " prenant son auto pour aller travailler le matin, il y a aussi des risques… ". Chez Michel Pop, on nous a dit que toutes les complications mises ensemble étaient de 1%, ce qui correspond plutôt aux risques les pires qui sont souvent irréversibles.

C'est aux cliniques Louis A. Corriveau, Iris et Laser New Vue qu'on nous a donné les réponses les plus complètes. Mais nulle part, nos enquêteuses n'ont appris de façon claire qu'il y avait 1% de chances que la chirurgie tourne mal, au point où leur vision risquait d'être irrémédiablement gâchée.

Les lunettes

À la question : "Est-il certain que je n'aurai plus jamais besoin de lunettes ?", on aurait dû répondre à nos enquêteuses qu'il est possible de garder un peu de myopie ou d'hypermétropie, parfois au point d'avoir encore besoin de lunettes après l'opération. De plus, vers la quarantaine, tout le monde devient presbyte. Il faut donc, tôt ou tard, porter des lunettes de lecture. Au pire, les lunettes ne pourront plus corriger une vision irrémédiablement gâchée.

Chez Laservue, on a répondu à notre enquêteuse qu'il y avait moins de 1% des chances de porter encore des lunettes. Dans plusieurs cliniques, on a évité de répondre : "on vous le dira après l'examen", a-t-on affirmé chez Michel Pop, Ultravision et Lasik Vision. À la clinique Iris, Laser New Vue et Ophtalmolaser, on a donné une réponse plus complète en signalant qu'on pouvait avoir besoin de lunettes d'appoint et/ou que vers la quarantaine, on devenait presbyte.

Les risques à long terme

Nos enquêteuses ont demandé si l'opération comportait des risques à long terme. Les professionnels de la santé qu'elles ont rencontré auraient dû leur répondre que leur vue pouvait changer et que la presbytie finit par gagner tout le monde vers 40 ou 50 ans. Mais surtout, on aurait dû leur dire que personne ne connaît les effets à long terme de l'opération. Pour l'instant, les spécialistes ne savent pas comment traiter les gens opérés qui ont des cataractes… Pourtant, aucune clinique n'a prévenu nos enquêteuses à ce sujet.

La vision nocturne

À la question : "Est-ce que ma vision nocturne peut être affectée ?", on laissait souvent entendre que non. Plusieurs professionnels de la santé ont nié les résultats de l'étude du Dr William Jory en Angleterre qui avait révélé que 56% de ses patients avaient connu une diminution de la qualité de leur vision nocturne. Cette étude, présentée l'été dernier à Boston, avait rapidement fait le tour de la planète. Les sujets, opérés avec les techniques du LASIK et du PRK, avaient subi leur chirurgie entre deux et sept ans avant la présentation de l'étude.

À la Clinique de l'œil de Montréal, on nous a répondu qu'il s'agissait d'une vieille étude faite sur une technique qu'on ne pratique plus, le PRK, ce qui est faux. D'abord, l'étude du Dr Jory portait aussi sur le LASIK. De plus, dans certains cas, on pratique encore aujourd'hui la méthode du PRK, par exemple chez des patients qui ont une cornée très mince.

De son côté, la Dre Louise Charbonneau de la Clinique du laser visuel a nié les problèmes de vision nocturne. Elle a d'abord souligné que presque tous les myopes, opérés ou non, voient des halos lumineux le soir. À son avis, la chirurgie n'y change rien.

Plusieurs ophtalmologistes ont fait valoir que la technologie s'est améliorée, et que les problèmes de vision nocturne sont presque éliminés. Une nouvelle génération de laser permet de traiter une zone plus large de la cornée, soit 9 mm plutôt que 5 mm.

Selon une étude du Dr Michel Pop, ce serait plutôt 5% des gens opérés qui ont des problèmes de vision nocturne. Laquelle des deux études (du Dr Jory et du Dr Pop) est la plus près de la réalité? Nous avons posé la question au Dr Renaldo Battista, président de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, qui a réalisé une étude en juin 2000 sur le laser Excimer. " Nous ne le savons pas encore, a-t-il répondu. D'autres études sont actuellement en cours pour tenter de le déterminer. " C'est donc à suivre.

Les chances de succès

En plus de minimiser les risques, dans plusieurs cliniques, on a exagéré les chances de succès :

À la question : "Suis-je certaine d'obtenir une vision de 20/20 ?", nos enquêteuses auraient dû apprendre qu'elles pouvaient être sur ou sous-corrigées et qu'elles pouvaient avoir besoin d'une autre intervention. De plus, on aurait dû leur dire qu'il est possible d'avoir une vision de 20/20, mais que la vue peut être irrémédiablement gâchée par des aberrations optiques : vision floue, double, triple, quadruple, etc….

Pourtant, dans quatre cliniques, on a donné des taux de réussite très encourageants à nos enquêteuses. Chez Ultravision, on a répondu que lorsque le client était un bon candidat, on pouvait garantir le succès de l'opération à 99%. À la Clinique du laser visuel, on a fait miroiter à notre enquêteuse myope modérée des chances de succès de 95%; à la clinique du Laser New Vue, on a dit à notre enquêteuse hypermétrope et astigmate qu'elle avait de 90% à 95% des chances d'arriver à 20/20, alors que chez Ophtalmolaser, on a donné de 80 à 85% de chances d'atteindre 20/20 à notre enquêteuse myope modérée.

Pourtant, selon le rapport réalisé par l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, les chances d'obtenir une vision de 20/20 sont beaucoup moins élevées que cela. En juin 2000, ce rapport faisait une revue de la littérature scientifique déjà publiée. Il en ressort que ce sont les myopes légers (moins de - 6 dioptries) qui ont les meilleures chances de succès. Pourtant, avec la technique du LASIK, leurs chances d'obtenir une vision de 20/20 ne sont que de 52 à 85% selon les études répertoriées. Les autres catégories ont des chances encore moins élevées d'atteindre ce résultat. Chez les myopes modérés (-6 à -10), elles ne sont que de 16 à 42%; chez les myopes sévères (-10 à -15), elles ne sont que de 0 à 15%. De leur côté, les personnes astigmates n'ont que 44% des chances d'obtenir une vision de 20/20, alors que chez les hypermétropes ce taux n'est que de 15 à 17%.

De nouvelles études, plus récentes, ont sans doute révélé des taux de réussite plus élevés depuis la publication de ce rapport. Par exemple, pour les hypermétropes, une étude vient d'indiquer un taux de succès de 62%. Pourtant, on est encore loin des 85 à 95% de chances d'obtenir 20/20 que nous avons souvent entendues.

Des cas troublants

Depuis notre premier dossier sur ce sujet publié à l'automne 1999, Consommation a reçu des appels de consommateurs désespérés suite à leur chirurgie des yeux au laser. Certains d'entre eux ont été opérés avec une technique qui est l'ancêtre du laser, la RK, soit la kératotomie radiaire. D'autres ont été opérés à la PRK et au LASIK. Ils ont en commun d'avoir une vision irrémédiablement gâchée suite à leur opération des yeux au laser. Cette aventure a été aussi désastreuse au plan financier que personnel. Leur qualité de vie a été considérablement diminuée.

Ainsi M. André Houle est passé d'une forte myopie de -10 à une myopie beaucoup plus légère, qui fluctue entre -1 et -2. Là n'est pas le problème. Même s'il est beaucoup moins myope qu'avant, sa vue est complètement brouillée (comme s'il voyait à travers une porte de douche). La nuit, c'est encore pire, à cause d'un problème de halos lumineux, au point où il ne peut plus conduire. La force de sa vision fluctue continuellement, ce qui fait qu'il doit toujours trimballer deux paires de lunettes. Parfois, aucune des deux ne peut l'aider. Son optométriste, M. Yves Bastien, affirme devoir aider chaque année une dizaine de personnes aux prises avec des problèmes à la suite de leur opération.

M. Stéphane Cesare s'est fait opéré au LASIK en 1999. Il en a gardé une cicatrice à l'œil droit, et il voit maintenant double et brouillé. Ni les lunettes, ni les verres de contact ne peuvent l'aider. La nuit, sa vision est tellement endommagée qu'il ne peux plus conduire.

Finalement, nous soulignons le cas de Mme Nathalie Jacques, qui a une vue brouillée et que des lentilles ne peuvent plus l'aider. Quand elle fait du sport, elle doit porter des lunettes étanches qui la protègent de l'air, mais qui ne l'empêchent pas de souffrir le martyre le lendemain, à cause de l'impression de sécheresse dans ses yeux.

L'histoire d'une chirurgie

Les premières expérimentations en matière de chirurgie visant à corriger la myopie ont commencé au Japon, dans les années 1950. Le Dr Sato pratiquait une chirurgie de la cornée sur des myopes volontaires. Cette intervention améliorait parfois la vue de ses sujets, mais les complications étaient courantes et sévères. Les résultats à long terme sont bien connus: la plupart des volontaires sont devenus aveugles...

Puis, au début des années 1970, un chirurgien russe, le Dr Vyataslov Fyodorov, inventait la méthode de la keratotomie radiare (RK). Elle a été introduite aux États-Unis et au Canada quelques années plus tard. On a utilisé cette méthode à grande échelle jusqu'à la fin des années 1990. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux ophtalmologistes considèrent que cette technique est dangereuse.

Au milieu des année 1990, la technique du laser Excimer est apparue. Ce fut d'abord la keratectomie photoréfractive (PRK) pratiquée à grande échelle jusqu'à la fin des années 1990. Aujourd'hui, on tend à la délaisser au profit du laser in situ keratomileusis (LASIK). Le LASIK devait avoir l'avantage de convenir aux fortes myopies. Mais cet espoir a été déçu. Chez les forts myopes, les risques d'aberration optique sont importants. Maintenant, on utilise le LASIK surtout pour les myopies légères et modérées.

Aujourd'hui, les technologies continuent de s'améliorer. Certaines cliniques annoncent le WAVEFRONT, surtout pour les personnes qui ont des cornées irrégulières, ou la LADRAVISION, surtout pour traiter les hypermétropes et astigmate. Ces nouvelles techniques seraient plus précises et coûteraient plus cher (environ 2000 $) par oeil.

L'industrie de la vision parfaite n'a peut-être pas fini de nous épater. D'ici quelques années, nous pourrions être en mesure d'obtenir une vision de 20/10, ce qui nous permettrait de voir deux fois plus loin qu'aujourd'hui. Mais ce n'est peut-être pas pour demain. On promet que cette technique sera prête d'ici un an et demi. Or, il y a six mois, c'était pour dans un an….

En conclusion

Les résultats de notre enquête amène Option consommateurs à lancer un appel à la prudence. La majorité des gens qui subissent une opération des yeux au laser se disent satisfaits des résultats. Mais pour certains, le rêve de dire adieu à leurs lunettes et leurs verres de contact se transformera en cauchemar. Et les ophtalmologistes ne dévoilent pas toujours toutes les complications possibles, tant immédiates qu'à long terme, liées à cette opération. Les consommateurs doivent savoir que dans environ 1% des cas, la chirurgie tournera mal et les dommages pourront être irréversibles.

Dans 40% des cliniques visitées, les ophtalmologistes ont eu tendance à exagérer les chances de succès. Nos enquêteuses ne faisaient pas partie des catégories les moins à risque et pourtant, on leur a fait souvent miroiter des chances de 85 à 95% d'obtenir 20/20.

Option consommateurs invite le Collège des médecins du Québec à porter une attention particulière aux pratiques des ophtalmologistes qui effectuent des opérations des yeux au laser. Nous invitons les responsables de l'organisme à vérifier si ces professionnels, membres de cet ordre, font leur travail comme il se doit, notamment en ce qui a trait à l'information transmise aux consommateurs.

Aux ophtalmologistes, nous demandons de ne pas oublier qu'ils sont d'abord et avant tout des professionnels et des médecins. Nous nous attendons à ce qu'ils renseignement bien leurs clients et à ce qu'ils procèdent eux-mêmes aux examens tant avant l'opération qu'après. Leur devoir d'information est d'autant plus grand que les opérations des yeux au laser ne répondent pas à une nécessité médicale.

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Pour information :
Isabelle Rivest, rédactrice en chef, Consommation
Louise Rozon, directrice, Option consommateurs
(514) 598-7288
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