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Salle de presse


Une journaliste s'improvise thérapeute
Montréal, 8 février 2000 – Aimeriez-vous devenir naturopathe, naturothérapeute ou massothérapeute? Rien de plus facile! C'est ce qu'a démontré une enquêteuse du magazine Consommation qui, à l'aide d'un faux dossier faisant souvent état d'une formation insuffisante obtenue dans une école qui n'existe pas, est parvenue à devenir membre en règle de trois des cinq associations auxquelles elle a envoyé un dossier. Ce faisant, elle a obtenu des reçus qu'honorent les plus grosses compagnies d'assurance. Désormais, elle a tout ce qu'il faut pour inspirer confiance. Mais aucune connaissance dans les disciplines pour lesquelles elle a été reconnue.

Notre méthodologie

Dans un premier temps, notre journaliste a choisi 8 associations. Une avait déjà été testée par J.E. et nous voulions savoir si la situation s'était améliorée (il s'agit de l'Académie des naturopathes et naturothérapeuthes (ANN). Sept avaient été choisies au hasard (dans l'annuaire téléphonique, sur Internet, dans des petites annonces, etc.).

Par téléphone, notre journaliste a contacté chaque association, histoire de connaître les critères d'adhésion. Quand elle avait l'impression que sa candidature avait des chances d'être retenue (ça a été le cas dans cinq associations), elle faisait venir de l'information écrite.

Notre enquêteuse a ensuite préparé un dossier pour chacune des cinq associations retenues en tenant compte des informations reçues. Généralement, elle faisait état d'un nombre d'heures de formation en-deça de ce qui était demandé par l'association à laquelle elle s'adressait.

Notre prétendue thérapeute a ensuite fabriqué deux faux diplômes provenant du Collège des médecines douces de Val d'Or, une école qui n'existe pas. Le premier attestait d'une formation en massothérapie, le second d'une formation en naturopathie. Les deux avaient été obtenus en 1995. Elle joignait à sa demande un des faux diplômes, ou encore les deux.

Évidemment, elle envoyait aussi la somme d'argent demandée.

Les résultats, association par association

À la première étape, deux associations ont fait sentir à notre enquêteuse qu'elle avait peu de chances d'être accréditée (Ordre des naturothérapeutes et Association des massothérapeutes professionnels du Québec). Une troisième lui a dit qu'elle devrait se soumettre à des examens théoriques et pratiques (Association professionnelle des orthothérapeutes du Québec). Nous ne les avons pas retenues.

Dans les semaines suivant l'envoi de ses documents, notre journaliste a appris que la Corporation des massothérapeutes et autres praticiens en approches corporelles avait refusé sa demande.

Puis, elle a eu des nouvelles de l'Académie des naturopathes et naturothérapeutes (ANN), de la Corporation des intervenants en médecine alternative (CIMA), et de l'Association nationale des naturothérapeutes (ANN). Toutes les réponses étaient positives.

Chacune de ces associations lui a fait parvenir un certificat attestant qu'elle est membre en règle de l'association, un code de déontologie ainsi que des reçus destinés aux futurs clients qui disposent d'un régime d'assurance collective. Certaines associations lui ont également envoyé la liste des compagnies d'assurances, fort nombreuses, qui acceptent leurs reçus.

Au moment de mettre le magazine sous presse, l'Association des naturopathes de Montréal (ANM) n'avait toujours pas donné sa réponse. Celle-ci est parvenue par téléphone la semaine dernière. Le dossier que nous avions fait parvenir à cette association a été envoyé à l'Association des naturothérapeutes du Québec (ANQ, même adresse et même numéro de téléphone), et cette dernière association a accepté notre enquêteuse dans ses rangs à condition qu'elle paie les 150$ demandés.

Au sujet des compagnies d'assurance

Par la suite, notre journaliste a contacté trois compagnies d'assurance parmi celles indiquées sur les listes. Il s'agissait de la London Life, La Croix Bleue et l'Assurance-vie Desjardins-Laurentienne. Notre journaliste voulait vérifier si ces entreprises remboursaient les reçus de deux des associations où elle était devenue membre (Corporation des intervenants en médecine alternative et Association nationale des naturothérapeutes). Toutes ont répondu par l'affirmative.

En conclusion

Les résultats de notre enquête sont inquiétants. Évidemment, cela ne signifie pas que tous les membres des associations qui ont accepté notre fausse thérapeute ont une formation insuffisante ou sont malhonnêtes. Mais notre enquête démontre que des personnes malhonnêtes pourraient facilement devenir membre de ces associations de médecine alternative et émettre des reçus, lesquels seraient remboursés par les plus grandes compagnies d'assurance...

Quelques recommandations

  1. Nous recommandons que l'exercice des médecines douces au Québec fasse l'objet d'un encadrement plus fiable, qui inclurait notamment la mise en place d'un processus d'accréditation rigoureux, de programmes de formation continue, d'un régime d'inspection, d'un processus disciplinaire et d'un fonds d'indemnisation pour les consommateurs lésés.

    Ce régime devrait être mis en place par l'État, comme il l'a fait récemment dans le domaine de la distribution de produits et services financiers. À défaut, il pourrait être mis en place par une action concertée des associations oeuvrant dans le domaine des médecines douces, des sociétés d'assurance de personnes et des associations de consommateurs et il pourrait prendre la forme d'un mécanisme d'homologation des associations "professionnelles".

  2. Nous recommandons que les sociétés d'assurance de personnes ne remboursent pas des traitements fournis par des personnes dont la compétence n'aurait pas été reconnue par un organisme gouvernemental ou qui ne seraient pas membres en règle d'une association homologuée.

  3. Nous recommandons aux consommateurs d'être extrêmement prudents lorsqu'ils choisissent de retenir les services d'un praticien des médecines alternatives, notamment en fuyant toute thérapie miraculeuse qui promet une guérison.
 
ASSOCIATION PAR ASSOCIATION

Asociations qui n'ont pas été retenues

Notre enquêteuse a contacté ces associations par téléphone. On ne l'a pas encouragée à poursuivre sa démarche. Voici un résumé de ce qu'on lui a répondu.
  • Ordre des naturothérapeutes (ONQ)
    "Une formation en massage n'est pas suffisante. Pour être membre de l'Ordre, il faut avoir suivi des cours en alimentation, en phytothérapie, puis il faut passer un examen. C'est facile de s'inventer un diplôme..."

  • Association des massothérapeutes professionnels du Québec
    "Une formation dans une école en Abitibi qui est fermée... Il est impossible de vérifier si c'est un vrai diplôme ou une vraie école."

  • Association professionnelle des orthothérapeutes du Québec (APOPQ)
    "Nous exigeons 400 heures pour être reconnu massothérapeute. Il y a un examen d'admission théorique et pratique."

Associations où notre enquêteuse a envoyé un dossier


Association ayant refusé notre enquêteuse:
  • Corporation des massothérapeutes et autres praticiens en approche corporelle (CMAPPAC)
    C.P. 47087, Sillery (Québec), G1S 4X1; tél.: (418) 650-3550

    Notre enquêteuse s'est fait passer pour une massothérapeute. Elle a mentionné qu'elle avait suivi 300 heures de formation en ce domaine. Eux en demandaient 400. Elle a été refusée.

Associations ayant accepté notre enquêteuse:
  • Académie des naturopathes et naturothérapeutes (ANN)
    64, rue de Pontiac, Bromont (Québec), J2L 1J3; tél.: (450) 534-5304

    L'Académie n'avait aucune exigence spécifique. Au téléphone, on a dit à notre enquêteuse de remplir le formulaire qu'on allait lui faire parvenir et de le retourner avec son chèque. Coût de l'opération: 230$.

    Notre enquêteuse a agi tel que demandé. Dans le formulaire qu'elle a rempli, elle a affirmé être massothérapeute. "Après une formation en littérature française, leur a-t-elle écrit, je me suis réorientée vers la pratique des médecines douces, en particulier la massothérapie."

    Une semaine après l'envoi du dossier, notre enquêteuse a appris que sa demande avait été acceptée.

    À noter: l'Académie affirme exister depuis 1987 et avoir 2300 membres à travers le Canada. Elle regrouperait des naturopathes, des homéopathes, des naturothérapeutes, des hygiénistes du colon, des réflexothérapeutes, etc.

  • Association nationale des naturothérapeutes
    1167, Saint-Marc, Montréal (Québec), H3H 2E4; tél.: (514) 939-1457

    L'Association demandait 1200 heures d'études dans le domaine de la naturothérapie.

    Notre enquêteuse a rempli le formulaire et y a affirmé qu'elle avait suivi 400 heures de formation en massothérapie, 300 heures en naturopathie et 300 heures en relation d'aide. Ces disciplines font partie de la naturothérapie, comme toutes les pratiques de la médecine douce, d'ailleurs. Coût de l'opération: 350$. L'association exige que ses membres aient une assurance responsabilité professionnelle et leur en propose une au coût de 190$.

    Moins d'un mois après avoir envoyé son dossier, notre enquêteuse a appris que sa demande était acceptée.

    À noter: l'Association nationale des naturothérapeutes affirme avoir environ 200 membres.

  • Corporation des intervenants en médecine alternative (CIMA)
    1647, Adjutoer, Rock Forest (Québec), J1N 1J3; tél.: (800) 434-3944

    La Corporation a dit à notre enquêteuse que, pour devenir membre, il fallait remplir le formulaire qu'on allait lui faire parvenir et envoyer une copie de ses diplômes. Coût de l'opération: 70$.

    Notre enquêteuse a agi tel que demandé.

    Une semaine après notre envoi, la Corporation a fait parvenir à notre enquêteuse son attestation. "A satisfait toutes les exigences et rempli toutes les conditions pour devenir membre de notre corporation", y est-il inscrit.

    À noter: la Corporation des intervenants en médecine alternative affirme exister depuis 11 ans, avoir 654 membres et être reconnue par 153 compagnies d'assurance.

  • Association des naturopathes de Montréal Inc. (ANM)
    1290, Van Horne, Bureau 306, Outremont (Québec), H2V 4S2; tél.: (514) 495-9895

    L'Association demandait 805 heures en naturopathie (dont un stage de 200 heures).

    Notre enquêteuse a fait valoir une formation de 815 heures, dont un stage de 90 heures (c'est la seule association où le nombre d'heures de formation que nous faisions valoir était supérieur à l'exigence minimale; par ailleurs, le nombre d'heures de stage, lui, était inférieur).

    Notre enquêteuse a appris par téléphone, la semaine dernière, que sa demande était acceptée non pas par l'Association des naturopathes de Montréal, mais bien par l'Association des naturopathes du Québec (même adresse, même numéro de téléphone). Il lui reste à payer la cotisation de 150$. Ainsi, elle deviendrait membre en règle et recevrait son attestation... et ses reçus!

    À noter: l'Association des naturopathes de Montréal affirme compter près de 200 membres.
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Pour informations supplémentaires:
Louise Rozon, directrice
Maryse Guénette, rédactrice en chef de Consommation
Tél.: (514) 598-7288
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