Qui sommes-nous ? Nous avons besoin de vous Soirée-bénéfice 2017 Efficacité énergétique Des avocats défendent vos droits Des conseillers budgétaires vous aident Des analystes interviennent pour vous Des journalistes vous informent
Chercher dans :

Type de contenu :

Chercher avec :

Salle de presse


Hausse de tarifs d'Hydro-Québe: lettre ouverte
Montréal, 27 janvier 2005 – Cette lettre est signée par :
Réjean Parent, président, Centrale des syndicats du Québec
Denis Falardeau, président, Coalition des associations de consommateurs du Québec
Cécile Plourde, porte-parole, Fédération de l’âge d’or du Québec
Claudette Carbonneau, présidente, Confédération des syndicats nationaux
Michèle Asselin, présidente, Fédération des femmes du Québec
Henri Massé, président, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec
François Saillant, coordonnateur, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
André Trépanier, responsable des dossiers politiques, Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec
Louise Rozon, directrice, Option consommateurs

La sécurité énergétique fait présentement l'objet d'un débat important au Québec. Depuis la fin de l'automne, le président d'Hydro-Québec, des universitaires de renom ou des éditorialistes ont réclamé des hausses tarifaires substantielles. Le premier décembre, par exemple, le professeur Pierre Fortin évoquait l'hypothèse d'une hausse moyenne pouvant atteindre 4% par année pendant dix ans. Sur une base composée, cela équivaut à une augmentation de 48% des tarifs visant les consommateurs d'ici 2015.
Ces personnes invoquent principalement trois arguments:
  • les consommateurs gaspillent l'électricité parce qu'elle n'est pas chère et les bas tarifs compromettent les efforts en matière d'économie d'énergie;
  • en augmentant les tarifs d'électricité, on déplacerait une partie de la consommation vers l'usage du gaz naturel, ce qui économiserait l'électricité;
  • l'augmentation des tarifs entraînerait celle des bénéfices d'Hydro-Québec, qui pourrait verser des milliards de dollars en dividendes au gouvernement.
Nous sommes d'avis qu'aucun argument économique valable ne justifierait une telle décision et qu'au contraire, de forts arguments appuient une stabilisation des tarifs d'électricité imposés aux consommateurs québécois.

Si les consommateurs québécois gaspillaient l'électricité parce qu'elle n'est pas chère, leur consommation devrait être très différente de celle d'autres consommateurs qui paient beaucoup plus. Ce n’est pas le cas: les résidants de la région de San Francisco paient l'électricité trois fois plus cher que les Québécois, i.e. 19,56 ¢ le kilowatt-heure en avril 2004, contre 6,3 ¢ à Montréal. Mais si on fait abstraction de la consommation moyenne reliée au chauffage, on constate que les consommateurs québécois ne consomment pas davantage que ceux de San Francisco (analyse comparative).  Dans les deux cas, la consommation moyenne tourne autour de 5 000 à 6 000 kilowatts-heure par année.

En fait, on se rend vite compte qu'un ménage très frugal, qui n'a ni sécheuse électrique ni lave-vaisselle (et encore moins une piscine chauffée) et qui fait toute sa lessive à l'eau froide consomme tout près de 5 000 kilowatts-heure par année. Le réfrigérateur ou le téléviseur fonctionnent nécessairement à l'électricité : il n'y a pas de substitut. Des hausses tarifaires ne feront pas diminuer sensiblement cette demande presque incompressible, que les économistes qualifient par conséquent d'inélastique.

Le chauffage constitue cependant environ les deux tiers de la consommation moyenne d'électricité d'un ménage québécois, qui pourrait en théorie opter pour d'autres méthodes. Mais si les Québécois se chauffent à l'électricité dans une proportion de 70%, c'est en raison d'un choix de société opéré depuis une trentaine d'années. Pour changer nos systèmes de chauffage résidentiels à grande échelle, il en coûterait des centaines de millions de dollars. De plus et dans bien des cas, les abonnés d'Hydro-Québec qui se chauffent à l'électricité et reçoivent la facture n'ont aucun contrôle sur le choix du mode de chauffage ou sur la rénovation du bâtiment, parce qu'ils sont locataires.

Lorsque le chauffage est inclus dans le loyer, la hausse des tarifs se traduirait par une augmentation des loyers. Si le propriétaire décide de rénover, le coût de ses travaux aura aussi des répercussions sur le loyer. Pour qu'une hausse des tarifs d'électricité ait un impact sur les choix en matière de chauffage au Québec, il faudrait qu'elle en ait aussi un sur le coût des logements, et donc sur l'accessibilité à des logements abordables dans des régions comme Montréal ou Québec.

Une autre dimension doit aussi être envisagée: si on chauffe moins à l'électricité, c'est sans doute qu'on chaufferait davantage au gaz naturel. Cette solution favoriserait la diversification des sources d’approvisionnement en énergie. Toutefois, et dans les dix ou quinze prochaines années, nous devrions de plus en plus importer du gaz naturel en provenance de l'étranger: près de la moitié des réserves mondiales (43%) se trouvent en Russie et en Iran. Il faudrait construire des ports pour recevoir ce gaz et donc accepter des projets comme celui que les citoyens de Beaumont ont rejetés en décembre dernier. D’autre part, la combustion du gaz naturel produit notamment des gaz à effet de serre.

En somme, augmenter la facture d'électricité de trente, quarante ou cinquante pour cent n'aurait que peu d'effets sur la consommation d'électricité pour bon nombre de citoyens, et notamment les locataires. La demande de base est incompressible et le choix du mode de chauffage échappe très souvent aux abonnés. Même si le chauffage électrique était en partie remplacé par le chauffage au gaz, nous ne serions pas vraiment gagnants. Le principal résultat serait simplement que les consommateurs paieraient plus cher.

Cela nous mène au troisième argument invoqué en faveur des hausses: elles permettraient de renflouer le trésor québécois. Mais, dans une société où 22% de la population vit sous le seuil de faible revenu et où ces ménages consacrent déjà en moyenne 7,5% de leur budget mensuel à la facture d’électricité, une hausse des tarifs qui remplacerait une augmentation des impôts aurait un effet fiscal régressif. Ce serait une mesure catastrophique pour des milliers de ménages. Hausser les tarifs au lieu d'augmenter les impôts, c'est faire en sorte que les abonnés, même les plus pauvres, soutiennent financièrement les contribuables, même les plus riches. Cela nous paraît une mauvaise politique sociale et financière.

En définitive, les faits ne nous mènent pas à conclure que les consommateurs québécois gaspillent des quantités considérables d'électricité. Bien sûr, des efforts peuvent et doivent être consentis pour réduire la consommation, mais ce sont des mesures telles que des normes plus élevées en matière d'isolation des résidences qui auraient le plus d'effets sur la consommation. Des hausses tarifaires, même importantes, déplaceraient au plus une partie de la consommation vers le gaz naturel, ce qui nous paraît risqué. Par contre, elles auraient des effets fiscaux régressifs qui appauvriraient les plus pauvres.
Nous invitons par conséquent le gouvernement du Québec à confirmer publiquement qu'il écarte l'idée de hausser systématiquement les tarifs d'électricité à des niveaux très supérieurs au coût de fourniture de l'énergie. Le Québec jouit du privilège de pouvoir produire de grandes quantités d'énergie propre et renouvelable; nous ne devons pas en abuser, bien sûr, mais nous devons partager avec sagacité cette richesse collective.

-30-

Pour plus d'informations:

Texte de la conférence de presse du 13 janvier 2005:
Hausse des tarifs d'Hydro-Québec: il y a d'autres avenues.

Mémoire présenté à la Commission de l'économie et du travail de l'Assemblée nationale:
Des réformes pour assurer la sécurité énergétique des consommateurs québécois

Louise Rozon, directrice d’Option consommateurs
Isabelle Durand, responsable du service budgétaire
Jacques St-Amant, analyste-conseil
téléphone : (514) 598-7288
Design Web = Egzakt