Fermer×
Retour aux publications

Les hauts et les bas du financement à long terme

Les commerçants et les institutions financières offrent la possibilité de financer l’achat d’un bien sur des périodes de plus en plus longues. Le prêt personnel, la vente à tempérament, la location à long terme ou les plans de financement permettent désormais de faire des versements périodiques peu élevés et de prendre jusqu’à 8 ans pour payer une voiture, 4 ans pour payer un meuble ou 15 ans pour payer une piscine.

Allonger le terme d’un prêt permet aux commerçants d’attirer les consommateurs en leur proposant des versements périodiques bas. Pour diminuer encore ce montant, on propose de faire des paiements aux deux semaines, voire à chaque semaine, plutôt qu’à chaque mois. Dans leurs publicités, les commerçants mettent bien en évidence ce paiement périodique peu élevé, laissant en reste certaines informations essentielles telles que le montant de l’obligation totale du consommateur ou la durée totale du terme, qui sont souvent écrits en petits caractères ou dans un langage abscons.

Pour convaincre le consommateur, on lui laisse parfois entendre qu’il est plus avantageux d’acheter à crédit que de payer comptant ou on lui offre des primes s’il adhère à un plan de financement. Certaines banques invitent même les consommateurs à s’acheter des biens plus onéreux que prévu en prolongeant le terme de leur prêt.

Selon notre enquête d’incidence, les consommateurs sont sensibles à ces stratégies. Le faible montant du paiement périodique est un des points les plus importants dans le processus de décision des consommateurs. De même, plusieurs consommateurs considèrent qu’ils n’auraient pas eu les moyens de s’acheter un bien sans recourir au financement; plus de la moitié des répondants ont de même affirmé que le financement à long terme leur a permis d’acheter un bien plus onéreux que ce qu’ils avaient initialement prévu. D’autres ajoutent que la facilité de l’accès à ce crédit et de gestion du paiement dans leur budget sont des raisons pour lesquelles ils ont choisi le financement à long terme.

Bref, le financement à long terme pose des risques de surconsommation et de surendettement. En réponse, la loi n’encadre pas la durée du financement d’un bien. Toutefois, certaines dispositions des lois du Canada, des États-Unis, de la France et de l’Australie proposent des solutions intéressantes.

On compte parmi celles-ci des informations obligatoires devant figurer dans les publicités et les contrats sur le crédit, des normes publicitaires sur l’affichage des paiements périodiques et sur l’incitation à se procurer des biens à l’aide du crédit, le délai de rétraction, la faculté de remboursement de la dette à tout moment, ou les droits accordés par la loi en cas de déchéance du bénéfice du terme.

Ces solutions juridiques sont certes pertinentes, mais elles apparaissent insuffisantes sans l’incorporation dans la loi de principes visant à responsabiliser davantage les prêteurs. Au-delà du plafonnement de la durée d’amortissement d’une convention de crédit, une approche réellement efficace pour solutionner les problèmes soulevés par le financement à long terme passe par une responsabilisation des prêteurs. À cet égard, le Canada gagnerait à s’inspirer des dispositions législatives concernant le prêt responsable qu’on trouve en France et en Australie.