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L’étiquetage du contenu en carbone des produits de consommation : plus que du vent ?

Les Canadiens sont confus et sceptiques face aux allégations et aux logos environnementaux de toutes sortes. Non seulement plusieurs leur accordent peu de confiance, mais d’autres doutent que les produits ainsi étiquetés sont véritablement meilleurs pour l’environnement. Cette recherche prospective sur l’étiquetage carbone des produits de consommation cherche à évaluer, d’une part, l’intérêt pour le Canada de mettre en place un système d’étiquetage qui informerait les consommateurs sur l’empreinte carbone d’un produit de consommation et, d’autre part, à analyser les
pratiques émergentes qui ont cours ailleurs.

Pour parvenir à nos fins, nous avons élaboré une stratégie de recherche faisant appel à diverses techniques qui se complètent. D’abord, nous avons fait une mise en situation basée sur une recherche documentaire qui expliquait l’intérêt et la pertinence de la recherche. Celle-ci comprenait les définitions des termes clés et identifiait les principaux gaz à effet de serre ainsi que leur source. Ensuite, nous avons fait un survol des initiatives d’étiquetage carbone des produits de consommation. Ces dernières visent à mieux informer les consommateurs et à les outiller afin qu’ils fassent des choix « verts » éclairés quand ils achètent des produits. Ce survol a culminé avec trois études de cas détaillées sur des systèmes d’étiquetage carbone ayant cours au Royaume-Uni (Tesco), en Suisse (Climatop) et en Corée du Sud (Keiti). En complément à nos recherches documentaires, nous avons fait deux recherches d’opinion publique, soit un sondage et un groupe de discussion.

Notre recherche documentaire, dans laquelle nous avons identifié treize initiatives et fait une analyse approfondie de trois d’entres elles, nous a permis de faire plusieurs constatations. D’abord, l’urgence d’agir pour minimiser les effets des changements climatiques sur nos sociétés et sur les générations futures. De plus, les principales opportunités qui s’offrent à nous pour permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés. Enfin, les principales démarches entreprises à ce jour ayant pour but d’informer les consommateurs de l’empreinte carbone des produits de consommation.

Notre sondage et nos groupes de discussion ont été riches d’enseignements. De manière générale, les Canadiens sont préoccupés par l’état de l’environnement. Ils veulent que les choses changent, ils veulent en faire plus individuellement. Mais ils sont souvent confus et dépourvus. Plusieurs choses (temps, argent, information, connaissance) les empêchent de faire les gestes nécessaires à une diminution globale des gaz à effet de serre.

Fait intéressant, l’acte de consommer n’est d’ailleurs pas instinctivement associé aux problèmes environnementaux contemporains, tels que les changements climatiques. En outre, les Canadiens se disent prêts à changer leurs comportements pour le bien de l’environnement s’ils sont convaincus que ces changements auront un réel impact ou que la différence que leurs choix entraînera sera significative. Toutefois, des changements plus importants de style de vie, assimilés à des sacrifices (par exemple, réduire sa consommation de viande), sont plus ardus à inculquer. Le défi est de taille en regard des changements climatiques qui, par leur nature, sont une pollution diffuse, difficile à mesurer et qui nécessite des efforts significatifs.

On note par ailleurs que l’étiquette des produits est toujours le véhicule d’information privilégié des Canadiens et qu’elle doit donc être utilisée à bon escient. Les Canadiens semblent insatisfaits du système actuel qui régule les allégations environnementales ; ils le trouvent hautement inefficace car il ne leur permet pas de faire les meilleurs choix par rapport à l’environnement. On note beaucoup de confusion, d’incompréhension, voire même de frustration face à l’information disponible, alors que la volonté des consommateurs semble être bien présente. Même si l’étiquetage
relatif à l’empreinte carbone des produits de consommation est accueilli favorablement par la plupart des Canadiens, ces derniers croient qu’il ne doit pas être fait n’importe comment.

Les préférences des consommateurs quant à l’information qui doit se trouver sur un produit ne sont pas toujours les mêmes. Toutefois, on note certains consensus sur une série de critères qui pourraient contribuer à une meilleure compréhension de l’information communiquée. Les Canadiens veulent avoir une information crédible certes, mais également une information utile. Un simple chiffre est une donnée intéressante, mais si ce chiffre est décontextualisé, il peut être difficile à comprendre. L’échelle de comparaison est appréciée et permet de pallier les désavantages d’une information complexe (peu importe le moyen employé – couleur rouge à vert), chiffres de 1 à 10, sceau sur les meilleurs produits). La certification et la vigilance des tierces parties indépendantes ou du gouvernement semblent être un incontournable pour les Canadiens, qui tiennent d’ailleurs pour acquis que le gouvernement vérifie les informations que l’on trouve sur les étiquettes. S’il faut savoir informer les consommateurs, il faut également savoir capter leur attention. Cela peut être fait par des couleurs vives et un graphisme attrayant, mais également par des campagnes d’éducation qui feront mieux connaître une allégation particulière.

Dans ce contexte, l’idée de mettre en place un système d’étiquetage carbone des produits de consommation semble alléchante et pourrait en principe fournir une information pertinente aux consommateurs. Comme nos études de cas nous l’ont démontré, ce type d’initiative a connu une progression fulgurante au cours des dernières années. Toutefois, les analyses minutieuses que nous avons effectuées des modèles en place à l’international relèvent plusieurs faiblesses et plusieurs lacunes qui ne sont toujours pas résolues. Dans cette optique, Option consommateurs recommande la prudence et la patience avant de se lancer dans un programme d’envergure. Cela s’applique aussi bien au gouvernement qu’aux entreprises qui seraient tentées d’étiqueter de leur propre initiative leurs produits de consommation.

En effet, même si les techniques et les normes sont en pleine émergence et que l’Organisation internationale de la normalisation (ISO) est en voie de compléter sa propre norme, plusieurs aspects techniques sont toujours irrésolus. Il nous semble naturel d’attendre sa publication avant d’envisager aller de l’avant en cette matière. D’autre part, la fiabilité du calcul de l’empreinte carbone et sa reproductibilité nous inquiètent. Il n’est pas clair que même la meilleure norme pourra un jour résoudre le problème de la fiabilité de l’information sur l’empreinte carbone des produits de
consommation, notamment en raison de la complexité et de la fluidité du commerce mondial.

En somme, Option consommateurs invite à la prudence et à la retenue avant de se lancer dans une stratégie visant à fournir une information sur le contenu en carbone des produits de consommation. En outre, nous nous demandons si ce type d’information doit être communiqué directement aux consommateurs ou s’il doit plutôt se limiter à être un outil d’aide à la décision des entreprises dans leurs critères d’achat.